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Octobre 2026 – Vers une gestion de crise plus interconnectée

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Signal IntuitSens – Edition d’octobre 2026

Les évolutions observées en Suisse durant le mois d’octobre 2026 convergent vers un même constat : la gestion de crise repose de plus en plus sur la capacité à faire fonctionner ensemble des organisations, des ressources, des personnes et des systèmes interdépendants.

Les crises ne deviennent pas seulement plus nombreuses. Elles deviennent surtout plus imbriquées.

Un problème logistique peut fragiliser un approvisionnement énergétique. Une panne informatique peut interrompre une prestation publique. Un événement majeur peut dépasser les capacités d’un canton et nécessiter, en quelques heures, des moyens nationaux ou internationaux. Une information d’urgence peut être diffusée correctement sans pour autant être comprise par toute la population.

Pour ce premier numéro de Signal IntuitSens, nous retenons cinq évolutions qui nous paraissent particulièrement significatives.

Signal 1 – Une crise majeure se gère désormais au-delà des frontières

Du 6 au 9 octobre, la Suisse a accueilli pour la première fois un exercice international de protection de la population organisé dans le cadre du Mécanisme de protection civile de l’Union européenne. EU MODEX Switzerland 2026 a simulé un séisme majeur frappant les cantons de Genève, Vaud et Fribourg. Quelque 500 personnes y ont participé, dont environ la moitié provenant de l’étranger.

L’intérêt de cet exercice dépasse largement le scénario sismique.

La question posée était en réalité la suivante : que se passe-t-il lorsque les moyens ordinaires ne suffisent plus ?

La Suisse devait solliciter une aide internationale, accueillir des équipes étrangères, assurer leur soutien logistique et les intégrer dans une organisation de conduite déjà engagée. L’exercice a donc testé autant les secours que les interfaces entre Confédération, cantons et partenaires internationaux.

C’est un enseignement important pour toutes les organisations, y compris à une échelle beaucoup plus locale. Une commune, un service public ou une institution ne traverse pratiquement jamais une crise importante seul. Il faut être capable de demander de l’aide, de l’accueillir et surtout de l’intégrer rapidement dans son propre dispositif.

Le premier bilan public d’EU MODEX est positif. Les enseignements techniques détaillés restent cependant à venir. C’est précisément leur publication qu’il faudra suivre.

Source : OFPP, 9 octobre 2026

Signal 2 – Disposer d’une organisation de crise ne suffit pas : encore faut-il disposer des ressources

Le 21 octobre, le Conseil fédéral a décidé de mettre en vigueur au 1er janvier 2027 la révision de la loi sur la protection de la population et sur la protection civile destinée à renforcer les effectifs.

Le constat est très concret : alors que l’objectif national est fixé à 72’000 membres, la protection civile comptait environ 57’000 personnes au début de 2025. Sans mesures correctrices, cet effectif pourrait tomber à quelque 50’000 personnes à l’horizon 2030. La réforme permettra notamment d’affecter des personnes astreintes au service civil à des organisations de protection civile lorsque certains sous-effectifs ne peuvent pas être compensés entre cantons.

Cette évolution rappelle une réalité parfois oubliée dans les planifications : une organisation n’est opérationnelle que si les ressources prévues sont réellement disponibles lorsque survient l’événement.

Cela vaut pour la protection civile. Mais cela vaut également pour les états-majors, les administrations, les services techniques, les entreprises partenaires ou les fournisseurs.

Il existe souvent un écart entre les ressources inscrites dans un plan et celles qui pourront véritablement être mobilisées un dimanche soir, pendant plusieurs jours, alors que d’autres organisations sollicitent les mêmes personnes.

Préparer une crise signifie donc aussi confronter les dispositifs à la réalité des effectifs, des compétences, des relèves et de la durée.

Source : OFPP, 21 octobre 2026

Signal 3 – Informer ne suffit plus : il faut être compris

Depuis le 20 octobre, les notifications Alertswiss sont progressivement disponibles en langue facile à lire. Cette évolution vise notamment quelque 800’000 personnes en Suisse rencontrant des difficultés de lecture. Les textes standardisés ont été adaptés par des spécialistes et les textes libres pourront progressivement être simplifiés à l’aide d’une application fondée sur l’intelligence artificielle.

Cette évolution peut paraître technique. Elle touche pourtant à l’un des principes fondamentaux de toute communication de crise.

Une information diffusée n’est pas encore une information reçue. Et une information reçue n’est pas nécessairement comprise.

En situation de crise, les autorités communiquent souvent sous contrainte : peu de temps, informations incomplètes, multiples canaux, forte attente du public et parfois une importante charge émotionnelle.

Dans ce contexte, la qualité d’un message ne se mesure pas à sa sophistication. Elle se mesure à la capacité de son destinataire à comprendre ce qui se passe et, surtout, ce qu’il doit faire.

Pour les collectivités publiques et les institutions, la réflexion devrait dépasser la seule question des canaux de communication. Il faut aussi se demander si les messages sont simples, accessibles, cohérents entre partenaires et utilisables par des publics très différents.

Source : OFPP, 20 octobre 2026

Signal 4 – La conduite de crise devient une compétence professionnelle à part entière

Le 19 octobre, l’Office fédéral de la protection de la population et l’Université de Fribourg ont annoncé la création d’un CAS consacré à la conduite d’une équipe en situation de crise.

Le programme vise notamment la conduite d’un état-major sous pression, la structuration de l’information, l’accélération de la prise de décision, la communication, la gestion du stress, la résilience et la coordination entre acteurs. Il s’adresse aux responsables de la protection de la population, des organisations de secours et des infrastructures critiques.

Cette initiative traduit une évolution intéressante.

Pendant longtemps, la gestion de crise a été principalement envisagée sous l’angle des procédures, de l’organisation et des moyens techniques. Ces dimensions restent indispensables. Mais elles ne suffisent pas.

Une crise est aussi une situation dans laquelle des femmes et des hommes doivent décider avec des informations incomplètes, sous pression, avec des enjeux importants et dans un environnement qui évolue rapidement.

La capacité à diriger, à prioriser, à écouter, à confronter les perceptions et à maintenir une vision commune devient donc une compétence spécifique.

C’est probablement l’un des enjeux majeurs des prochaines années : ne plus seulement préparer des structures à la crise, mais préparer les personnes qui devront les faire vivre.

Source : OFPP / Université de Fribourg, 19 octobre 2026

Signal 5 – Les dépendances logistiques restent l’un de nos angles morts

Octobre a également rappelé la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement.

Le 15 octobre, la Confédération a autorisé le prélèvement de jusqu’à 30’000 m³ de kérosène dans les réserves obligatoires en raison d’importantes perturbations du fret ferroviaire menaçant l’approvisionnement de l’aéroport de Zurich. Quelques jours plus tard, les retards d’acheminement par pipeline liés notamment à de fortes pluies dans le sud de la France ont conduit à autoriser jusqu’à 45’000 m³ de prélèvements dans les stocks obligatoires de diesel entre le 23 octobre et le 22 novembre. L’approvisionnement reste assuré, mais la situation demeure tendue et précaire pour plusieurs produits pétroliers.

Durant le même mois, le Conseil fédéral a également lancé une consultation visant à améliorer le suivi des perturbations d’approvisionnement concernant certains dispositifs médicaux vitaux.

Ces événements sont différents, mais le message est commun : les organisations dépendent de chaînes qu’elles ne contrôlent pas.

Carburant, électricité, télécommunications, systèmes informatiques, médicaments, transports, fournisseurs spécialisés ou personnel externe : une prestation essentielle peut être parfaitement organisée en interne et néanmoins devenir impossible à assurer lorsqu’un seul maillon extérieur disparaît.

La continuité d’activité commence donc par une bonne connaissance de ses dépendances.

Source : OFAE, situation d’approvisionnement au 23 octobre 2026

Le regard IntuitSens

Ce mois d’octobre ne marque pas une rupture spectaculaire de la doctrine suisse de gestion de crise. Il révèle quelque chose de plus intéressant : une convergence.

Coopération internationale, renforcement de la protection civile, amélioration de l’information à la population, professionnalisation de la conduite et sécurisation des approvisionnements parlent finalement du même sujet : notre capacité collective à continuer d’agir lorsque le fonctionnement ordinaire ne suffit plus.

C’est là que se situe, selon nous, l’un des principaux défis des organisations publiques.

Les plans existent souvent. Les compétences aussi. Les partenaires sont connus. Les moyens sont identifiés.

Mais une crise vient précisément perturber les conditions dans lesquelles tout cela était censé fonctionner.

Elle oblige alors à travailler avec moins de ressources, des informations contradictoires, des systèmes indisponibles, des partenaires eux-mêmes sous pression et une attente croissante de la population.

La résilience ne consiste donc pas à prévoir chaque scénario.

Elle consiste à développer une organisation suffisamment solide et suffisamment souple pour comprendre rapidement la situation, décider, coopérer et continuer à assurer l’essentiel.

La question du mois

À chaque numéro de Signal IntuitSens, nous proposerons une question simple à poser au sein de son organisation.

Si un événement important survenait demain et perturbait simultanément vos systèmes informatiques, une partie de vos ressources humaines et l’un de vos principaux fournisseurs, quelles prestations devriez-vous absolument maintenir pendant les premières 48 heures — et sauriez-vous réellement comment le faire ?

La réponse à cette question en dit souvent davantage sur le niveau réel de préparation d’une organisation qu’un classeur complet de procédures.

À surveiller

Dans les prochaines semaines, plusieurs évolutions mériteront notre attention : les premiers retours d’expérience détaillés d’EU MODEX Switzerland 2026, la préparation cantonale de la réforme de la protection civile qui entrera en vigueur le 1er janvier 2027, l’évolution de la situation des approvisionnements et les premiers enseignements liés aux nouvelles fonctionnalités d’Alertswiss.

Nous continuerons surtout à observer les liens entre ces événements.

Car un signal isolé est une information. Plusieurs signaux qui convergent deviennent une tendance. Et comprendre cette tendance permet de mieux anticiper la suite.

SIGNAL INTUITSENS

Signal IntuitSens est le décryptage mensuel d’IntuitSens consacré aux évolutions qui peuvent influencer la gestion de crise, la communication de crise et la protection de la population en Suisse.

Notre objectif : sélectionner les signaux qui comptent, les mettre en perspective et en tirer des enseignements concrets pour les autorités, les institutions publiques, les organisations et les entreprises.

Sources principales

Analyse arrêtée au 26 octobre 2026

Pierre Gestion de Crise - IntuitSens

Rédigé par Pierre Aubry

Au bénéfice d’un parcours académique pluridisciplinaire et professionnel dans le monde de la sécurité et la santé, Pierre a occupé plusieurs fonctions dirigeantes et géré de nombreuses situations de crise. Visionnaire, il développe des approches novatrices dans la gestion de crise.

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Rédigé par Pierre Aubry

Au bénéfice d’un parcours académique pluridisciplinaire et professionnel dans le monde de la sécurité et la santé, Pierre a occupé plusieurs fonctions dirigeantes et géré de nombreuses situations de crise. Visionnaire, il développe des approches novatrices dans la gestion de crise.

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